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Le blogue du Théâtre Et Cetera, la nouvelle cie théâtrale de Trois-Rivières. Un moyen pour nous de garder contact avec notre public et les artisans de la scène trifluvienne.

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LES COMÉDIENS DE L'ANSE...

DU THÉÂTRE À L’ÉTAT PUR…

                                                            
           
Samedi dernier, je suis allé voir une production de théâtre offerte par une troupe que je ne connaissais que de réputation : Les Comédiens de l’Anse. Je n’avais pu assister à la production de l’an dernier et je me faisais un devoir d’aller voir cette troupe dont j’ignorais presque tout… Je suis débarqué à Nicolet, avec tout mon bagage théâtral, pour saluer le travail de Patrick Lacombe pour qui j’ai le plus grand respect. Je suis débarqué à Nicolet pour venir voir ce groupe d’amateurs dont on disait le plus grand bien… Je suis aussi débarqué à Nicolet avec toute la prétention qui caractérise les gens de théâtre de notre belle ville d’histoire et de culture qui savent avec certitude qui est amateur, qui est professionnel et surtout, ce qu’est le théâtre.

            Samedi dernier, je suis débarqué à Nicolet et ce qui devait être une petite soirée au théâtre comme j’en ai connu des centaines s’est transformé en grand rendez-vous, un grand moment de théâtre trop rare dans la vie d’un homme. J’ai du mal à décrire le tourbillon d’émotions dans lequel j’ai été jeté avec Hiver rouge. C’est sans doute parce que toutes les facettes de ce que je suis ont été interpellées par cette production… Je suis tout d’abord entré en contact avec une partie de notre histoire qui a été occultée de nos livres scolaires… J’ai lu quelque part : « Pour aller vers l’avenir, il ne faut jamais oublier d’où l’on vient, par où nous sommes passés… » C’est ce rappel que m’ont donné Les Comédiens de l’Anse samedi dernier, un rappel parfois brutal mais ô combien nécessaire dans notre société d’aujourd’hui. J’ai aussi été profondément touché par l’humilité de tous les comédiens qui étaient devant moi. On assiste souvent dans les productions trifluviennes à une série de performances où chacun « tire la couverte »  pour lui, au détriment de la pièce. Il nous en restera le vague souvenir de quelques moments marquants mais sans plus. Avec les comédiens d’Hiver rouge, malgré leur nombre, même plusieurs heures après la production je me souviens de chaque sourire, chaque geste, chaque larme. Je me souviens surtout de tous ces comédiens qui donnent l’impression de servir quelque chose de plus grand qu’eux et c’est là que réside selon moi la redoutable efficacité de cette production. Je pourrais continuer pendant des pages à vous décrire toute la gamme d’émotions vécues au cours de cette soirée, je pourrais vous dire que j’ai pleuré à chaudes larmes (habituellement je suis très mauvais public). Je pourrais vous parler du texte et de la mise en scène de Patrick Lacombe, de la subtilité et des nuances qui habitent la présence de Camil Bergeron et de Nathalie Biron mais je vais laisser un peu de matière au journaliste du Nouvelliste et je crois que la pièce Hiver rouge va plus loin que ca, beaucoup plus loin… 


          Ce qui ressort, c’est le courage de cette troupe qui sert une pièce montrant un portrait aussi clair, sans compromis, une pièce qui appelle un chat un chat dans un contexte estival, mais surtout dans un contexte où les troupes de la région ne prennent pratiquement plus de risques. Une pièce qui nous prend par le chignon du cou et qui nous montre les pages de notre album de famille que l’on avait oublié depuis longtemps. Servir cette pièce dans un contexte où toutes les troupes se font racoleuses relève du défi. Peut-être pas au fond… Il suffit simplement d’avoir un peu de considération pour le public. Au théâtre, le public doit faire partie du processus, le public est intelligent et capable de réflexion et pour qu’une pièce connaisse du succès, il doit y avoir une partie de travail qui lui revient. Je suis sorti du Centre des arts populaires de Nicolet en ayant le sentiment d’avoir partagé quelque chose avec les comédiens qui venaient de se produire devant moi. Aujourd’hui, le théâtre se résume le plus souvent à une simple transaction financière; vous payez votre billet, on vous donne une pièce. Ce qui reste de l’exercice est souvent oublié dès la sortie de la salle. Hiver rouge va rester au creux de ma tête très longtemps. Cette production va probablement changer énormément de choses chez moi et c’est là toute la richesse du théâtre lorsqu’il est ce qu’il doit être… Le personnage de De Lorimier dit à sa femme dans les dernières répliques de la pièce « Parle-moi de ce qui est important… » C’est ce que Les Comédiens de l’Anse ont fait samedi dernier…

Stéphane Bélanger

Directeur artistique du Théâtre Et Cetera

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