Le blogue du Théâtre Et Cetera, la nouvelle cie théâtrale de Trois-Rivières. Un moyen pour nous de garder contact avec notre public et les artisans de la scène trifluvienne.
Faut-il être niaiseux pour jouer à l'improvisation...
Cette saison, j'ai eu la chance de jouer dans deux ligues et d'en arbitrer une troisième. Et tout au cours de l'année j'ai été confronté à ce questionnement « faut-il être niaiseux pour jouer à l'impro » Certains risquent de trouver cette question très dure mais je crois qu'elle a sa place dans l'optique où l'on cherche à comprendre l'évolution de ce « jeu-spectacle ». Il y a fort heureusement à chaque soirée d'improvisation des petits moments qui nous font croire que les comédiens ont encore leur place dans ce jeu. Mais les bonnes improvisations, les bonnes interprétations et les personnages bien incarnés sont souvent noyés dans une multitude de gags et de facilités souvent ennuyeuses. Les soirées d'improvisation autrefois le rendez-vous des comédiens qui désiraient expérimenter une nouvelle facette de leur art sont aujourd'hui plus souvent qu'à leur tour noyées des soirées « mon gag est plus gros que le tien ». À une certaine époque, il était encore possible de voir un véritable duel entre deux improvisateurs qui tentaient de se surpasser l'un l'autre. Aujourd'hui plus souvent qu'autrement nous assistons à des joueurs qui empêchent d'autres joueurs de jouer à leur aise. On n'essaie plus de dépasser l'autre, on l'empêche de bien paraître et si par malheur il fait un gag on va essayer de le retourner à notre avantage pour aller chercher ce foutu point.
Mes détracteurs clameront bien haut qu'il n'y a pas qu'une seule façon de faire de l'improvisation. Je suis entièrement d'accord avec eux. Je leur répondrai seulement par cette question « Est-il nécessaire soir après soir de s'adresser à ce que le public a de plus bas et de plus simple? ». Je ne sais pas si c'est par manque de culture, manque de talent ou tout simplement par paresse mais il me semble que certains soirs plusieurs joueurs laissent leur cervelle dans la loge. C'est joueurs se placent alors en attente de récupérer tout ce qui se passe autour d’eux et de faire une blague ou un jeu de mots douteux avec la plus petite insignifiance qui a pu se dérouler lors de l'improvisation. On a alors l'impression d'assister à une série de ce sketchs tirés d'une mauvaise émission d'humour. Je n'ai rien contre l'humour, j'en ai seulement contre ceux qui montent sur une scène en refusant d'assumer ce qu'ils viennent y faire. Il me semble bien humblement qu'il y a moyen de faire rire le public avec des personnages qui ont un peu plus que 2 de quotient intellectuel. Encore une fois la question se pose, manque de talent, manque de culture ou tout simplement paresseux.
D'autres détracteurs pourront se défendre en disant que c'est le public qui décide... Peut-être qu'ils ont raison, mais ce texte n'est pas contre le public qui décide que telle ou telle rencontre se terminera par une victoire ou une défaite. Ce texte est un questionnement sérieux sur ceux qui pensent que parce que le public décide de l'issue de la rencontre, il faut automatiquement lui donner quelque chose de simple et de facile. Ce texte questionne ceux qui sont remplis de belles intentions et de citations de Robert Gravel lorsqu'ils sont dans la loge mais une fois sur la patinoire ils son prêt à tout pour obtenir le vote du public. C'est mêmes détracteurs pourront me targuer d'être élitiste. C'est souvent l'excuse qui est donnée lorsque l'on veut justifier un manque d'effort et de rigueur. Si quelqu'un nous accuse d'être trop bas c'est automatiquement parce qu'il se croit trop haut. N'y aurait-il pas la possibilité d'avoir un juste milieu. Il me semble que ce serait beaucoup plus intéressant autant pour les joueurs impliqués que pour le public qui assiste au spectacle. Il y aura toujours des erreurs dans le jeu de l'improvisation. Que ce soit par manque d'expérience ou simplement parce que le joueur a pris une mauvaise décision, les erreurs et les moments plus faibles sont partie prenante du spectacle. Ce qui est navrant par contre c'est que ces erreurs et ces mauvais choix peuvent devenir une technique et une façon de faire qui s'implante et influence le spectacle dans son intégralité. Je trouve dommage l'évolution prise par l'improvisation au cours des dernières années. Non pas que je sois nostalgique du passé mais à il me semble qu'aujourd'hui l'improvisation est devenue le paradis des apprentis humoristes qui sont en manque « d'exposure ».
Tout cela n'est en fait qu'une simple réflexion, certains pourront la qualifier de dure mais je crois qu'elle est avant tout réaliste...
En attente de vos commentaires...
Stéphane Bélanger
Joueur et arbitre d'improvisation